La Théorie du complot

La Théorie du complot mais c’est quoi ?

 

Selon Wikipedia

Les historiens s’accordent à considérer que la première théorie du complot proprement dite fut celle, qui se répand à la fin du xviiie siècle, portant sur la Révolution française. Pour Frédéric Charpier, ce sont les Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, écrites en 1798 par l’abbé Augustin Barruel, qui constituent l’acte de naissance de « la première théorie du complot », qui ne voit pas la Révolution française comme le résultat d’un mouvement populaire spontané, mais plutôt comme le fruit d’une conspiration antichrétienne. Frédéric Charpier y voit le prototype qui contient l’essentiel des ingrédients des futurs récits conspirationnistes : une « idéologie réactionnaire », une « subjectivité camouflée dans une fausse objectivité », un « langage haineux ». La Révolution française peut être ainsi vue comme le premier grand événement de l’histoire du conspirationnisme, dans la mesure où ce bouleversement a suscité des théories de tous bords. Car si l’idée fantasmatique de la Révolution comme coup d’État planifié était relativement partagée, il y avait à l’inverse une très grande diversité des interprétations quant à l’identité des supposés conspirateurs : clubs, loges et autres « sociétés de pensée » passant pour avoir prévu et organisé leur prise de pouvoir, régiments de la guerre d’Amérique, financiers et négociants gravitant autour du Club des Jacobins ou du Club Massiac, etc. La conspiration dénoncée par l’abbé Barruel dans Mémoires pour l’histoire du Jacobinisme implique même des groupes beaucoup plus anciens, comme les Rosicruciens et les Templiers, qui auraient selon lui perduré. D’autres accusaient les nations étrangères : l’Angleterre, la Prusse… Réciproquement, des révolutionnaires ont accusé les girondins, les modérantistes, les Vendéens, les Autrichiens ou encore les fédéralistes, de comploter « contre » la Révolution.

L’Écossais John Robison fait paraître Preuves de conspirations contre toutes les religions et tous les gouvernements de l’Europen 1, où il prétend montrer l’existence d’une conspiration des Lumières œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique. Concernant le caractère réactionnaire de la théorie du complot, on peut toutefois relever que les analyses de l’abbé Barruel ont été contredites par Joseph de Maistre. De son côté, Marcel Gauchet déclare que c’est en réaction à Augustin Cochin, dont l’œuvre relaie la même interprétation conspirationniste de la Révolution, que l’expression « théorie du complot » est apparue en France.

Pour l’historien des religions Emmanuel Kreis, spécialiste du mythe du « complot judéo-maçonnique : « Avec la Révolution, commence l’ère de l’incertain et de l’indécis. L’histoire n’obéit plus aux plans divins, la société se trouve livrée à elle-même, sans vérité transcendante […]. Expérience traumatisante et vue comme contredisant l’ordre naturel, la Révolution ne peut qu’être le fruit d’une conspiration totale, omnisciente et omnipotente. La Révolution devient le fruit de manœuvres orchestrées dans les “arrière-loges”. C’est le début de la dénonciation du complot maçonnique ». Kreis décrit, lui aussi, quelques constantes dans les théories du complot : « Tout est lié, le complot ne laisse pas la place au hasard, tout acte entraîne une conséquence prévue » en somme : tout est écrit ; « le complot se joue de l’espace et du temps, il est normal qu’un évènement particulier ait été provoqué par une cause éloigné dans l’espace ou le temps » ; et enfin « derrière ce que l’on croit voir il existe un monde clandestin dans lequel les conspirateurs agissent »7.

Pour l’historien Éric Saunier, s’il est vrai que les Constitutions d’Anderson (texte fondateur de la franc-maçonnerie) ont exercé « une influence profonde sur les écrits que produisirent nombre d’initiés ayant appartenu au monde littéraire du siècle des Lumières », leur existence n’implique aucunement l’existence d’une conspiration. Ainsi, « l’influence prêtée abusivement aux maçons est avant tout à rechercher dans le rôle exercé par la formation maçonnique sur les mentalités des initiés », aux idées qui circulaient au xviiie siècle et non à quelques conspirateurs spécifiques.

Selon François Furet, « On n’en finirait pas de recenser les usages et les acceptions de l’idée de complot dans l’idéologie révolutionnaire : c’est véritablement une notion centrale et polymorphe, par rapport à laquelle s’organise et se pense l’action; c’est elle qui dynamise l’ensemble de convictions et de croyances caractéristique des hommes de cette époque, et c’est elle aussi qui permet à tout coup l’interprétation-justification de ce qui s’est passé ».

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